L’autorité de l’Etat doit être restaurée et la justice appliquée
Gouverner appelle à des comportements qui anoblissent la fonction présidentielle, rendent à la politique sa sublimité, fait de la politique un art au service exclusif de l’humain, du mieux-être humain. C’est à juste titre que, depuis quelques années, avec l’avènement de la démocratie, et surtout avec le règne des socialistes, l’on peut déplorer une certaine gouvernance qui a conduit à privilégier une gestion partisane de l’Etat qui a fait la promotion, au plan du droit, d’un certain regard discriminé de la nation où tout est reconnu aux uns, et presque rien aux autres. Sur un tel terrain, ceux qui, par les charges dictées par les constitutions, devraient être garants de la cohésion nationale et d’une justice équitable pour tous dans le pays, avaient malheureusement failli dans leur rôle, faisant preuve d’une faiblesse agaçante chaque fois qu’il faille sévir dans leur camp où ils laissaient faire et laissaient libre cours à l’impunité pour, presque, légitimer l’inégalité. On peut quand même reconnaitre que sous Tandja, au moins, face à des dénonciations pressantes, le pouvoir de l’époque avait été contraint d’abandonner à leurs sorts des hommes issus de ses rangs, les laissant aller se défendre devant la Justice du pays. Il y a eu des cas de ministres qui, dans le cadre de l’affaire dite affaire MEBA, allaient en prison, et même un proche et ami de Tandja – Dan Foulani – qui connut les mêmes galères judicaires auxquelles ses proximités avérées avec le président de l’époque ne purent le soustraire, condamné à faire face à ce dont on l’accablait. A l’époque, on ne parlait que de quelques 200 millions alors qu’avec la Renaissance, c’est des centaines de milliards, voire des milliers dont il s’agit, et on veut pardonner !
Ce pays a besoin de ce changement de paradigme afin qu’il revienne à la normalité et pour faire en sorte que le regard trop alimentaire de la politique soit changé pour y porter un regard plus valorisant et neuf.
L’Etat passe avant les individus
On ne peut pas gouverner un Etat sans être capable de transcender les considérations partisanes ou amicales pour ne prendre en considération que ce qui peut servir l’intérêt général. Une telle compréhension de la gestion de l’Etat, impose d’avoir une main ferme, pour agir, sans regarder les visages et amener chacun à répondre de ses actes et de sa gestion. C’est d’ailleurs la seule façon de protéger l’avenir, de faire en sorte que les tares dénoncées soient à jamais conjurées afin de promouvoir une gouvernance plus vertueuse dans le pays et pouvoir mettre en confiance l’Etat et le citoyen, le citoyen et la Justice. On ne peut pas, dans ce pays, continuer à considérer la politique comme un métier de tout-venant où la morale n’aurait aucune place, conçue juste pour s’enrichir, sans aucun souci du devoir de résultats vis-à-vis du peuple qu’on doit pourtant servir. C’est à cette tâche que le CNSP et son gouvernement sont appelés pour refonder la pratique politique sur les canons d’un certain idéal politique qui, quoiqu’on dise, existe, même dans les livres de Machiavel.
La volonté de préserver la cohésion nationale ne saurait justifier de manquer de courage à aller à la vérité et à la justice qui sont, du reste, des attentes insolubles d’un peuple qui cherche, depuis que la démocratie venait le surprendre, le véridique, que des prétendus démocrates, justement, par les clivages qui les tiennent, ne peuvent restaurer. Chacun doit s’assumer, assumer les actes qu’il aura posés et doit avoir le courage d’y faire face, au nom de la Justice et de l’égalité. Personne, dans un tel esprit, ne peut être l’avocat encore moins le protecteur d’un autre. Tiani, du reste, à moins de l’avoir oublié, l’avait promis aux Nigériens : « Je ne protègerai personne », et la petite mais grande phrase résonne encore dans les consciences de chaque Nigérien. C’est cela que fit Kountché pour que les Nigériens, aujourd’hui encore, se le rappellent avec nostalgie, se souvenant que la valeur intrinsèque des hommes, leur intégrité, leurs compétences avérées, seules, présidaient à leur cooptation pour les charger de responsabilités quelconques dans la gestion du pays. Et on se souvient que, quelle que puisse être sa relation, avec la personne indélicate, il n’avait pas d’état d’âme à lui demander des comptes. C’est aussi ce que les Assises demandaient il y a quelques jours au CNSP, tout en lui faisant comprendre que c’est, pour lui, la seule façon de rentrer dans l’Histoire et dans la légende.
Pardonner d’accord, peut-on lire sur les réseaux sociaux, mais pas avant de connaitre la vérité sur les gestions précédentes. Personne ne doit aller s’endormir avec les biens volés au nom d’une prétendue réconciliation qui couvrirait le pays d’impunités pour laisser la pègre continuer à narguer les Nigériens. Tant qu’on ne fera pas le point sur ces fortunes insolentes, sur ces domaines et autres immeubles effarants qui trônent partout, il ne peut qu’être difficile, voire impossible pour le CNSP d’engager les Nigériens dans un processus de réconciliation et de pardon quand des Nigériens à tort sont envoyés en prison, quand des familles ont vu leurs enfants disparaitre (mourir) dans des conditions obscures, quand, partout, l’on a saccagé les deniers publics pour ne laisser que des ruines dans le pays. On sait ce que chacun a hérité dans ce pays et ce que chacun gagne, même de par une fonction présidentielle ou ministérielle, pour ne pas comprendre la hauteur des fortunes qui viennent agresser les regards des Nigériens spoliés. A la remise des conclusions des Assises, l’on a entendu une petite parole, qui a semé quelques doutes et provoqué quelques frayeurs dans le peuple inquiet. Et souvent même quelques appréhensions. Et cette question revient : peut-on faire au-delà de ce que le forum national aura demandé, pour choisir, au lieu de la justice exigée, le risque du pardon qu’on voudrait imposer, selon des procédures qui ne réparent pas les injustices ? Mais, alors, pourquoi avoir convoqué ces Assises ?
Mairiga